Permanent Mission of the Kingdom of the Netherlands to the UN, United States

Special Meeting of Maritime Safety and Security in the Implementation of the post-2015 Development Program

Intervention by the Minister of Foreign Affairs of the Netherlands Bert Koenders at the Special Meeting of Maritime Safety and Security in the Implementation of the post-2015 Development Program, New York, 26 September 2015

NL : nécessité de renforcer la coopération, la coordination et la mise en œuvre au niveau régional

Les Pays-Bas, une nation de navigateurs

  • Bienvenue à cette réunion. Je suis ravi d'être parmi vous aujourd'hui.

  • J'aimerais adresser mes remerciements à la République du Togo pour avoir organisé cette manifestation sur la sécurité maritime en Afrique et m'avoir donné la possibilité d'y intervenir comme co-hôte.

  • Le Royaume des Pays-Bas est une importante nation maritime, très attachée au maintien de voies de communication ouvertes. Chaque jour, de nombreux cargos néerlandais quittent Rotterdam pour aller jusqu'en Afrique et en Asie.

  • Mais si nous sommes une nation maritime, ce n'est pas seulement grâce à la navigation. De la pêche à la production d'énergie, la mer est une importante source de revenus pour notre économie à différents égards. Comme c'est le cas pour beaucoup d'Africains. Pêcheurs de Tanzanie, marins de Guinée ou encore travailleurs du secteur logistique du Ghana.

Intérêts et menaces liés au secteur maritime

  • Les eaux africaines sont d'une importance cruciale pour l'économie mondiale. Du port de Rotterdam, il ne faut que huit jours pour rejoindre Dakar en bateau. Les marchés néerlandais et africain sont donc étroitement liés. Chaque année, 60 000 cargos traversent le golfe de Guinée et le golfe d'Aden. Quatre-vingt-dix pour cent de l'ensemble des importations et exportations africaines transitent par la voie maritime. Le volume des échanges a quadruplé en 40 ans, et va continuer à augmenter avec la construction d'un second canal de Panama. La mer est donc d'une importance vitale pour le commerce international.

  • Toutefois, trop de facteurs nous empêchent d'exploiter au maximum le potentiel offert par nos océans. La piraterie a mobilisé l'attention de la communauté internationale, en particulier dans le golfe d'Aden et le bassin somalien. Les actes de piraterie menacent notre stratégie et nos liens économiques. Porte-conteneurs, pétroliers, bateaux de pêche : tous risquent d'être victimes de vol ou de détournement. La sécurité maritime est en jeu.

  • Il y a une bonne nouvelle : la piraterie au large des côtes somaliennes a considérablement décru ces dernières années grâce aux opérations internationales anti-piraterie, aux actions régionales et aux mesures prises par l'industrie du transport maritime. Mais la piraterie reste une menace et d'autres types de criminalité maritime se développent, principalement dans le golfe de Guinée. Là, la piraterie a augmenté et la sécurité maritime est l'objet d'une inquiétude croissante. Si nous relâchons notre attention, la piraterie retrouvera son niveau antérieur avant même que nous ayons le temps de nous en rendre compte. C'est pourquoi les efforts internationaux, régionaux et nationaux sont indispensables. Les nations qui ont toujours eu le pied marin ne doivent pas commencer à avoir le mal de mer.

  • Les implications de la criminalité maritime ne sont pas seulement financières. Il s'agit d'un défi à multiples facettes. La lutte efficace contre la criminalité maritime est un élément clé pour atteindre les objectifs de développement durable. L'épanouissement de l'industrie maritime requiert un niveau de sécurité suffisant en mer. Je suis convaincu que la liberté et la sécurité du trafic maritime dans les eaux africaines nous aideront à atteindre les ODD.

  • La criminalité maritime représente une menace pour les communautés locales, aussi bien le long des côtes qu'à l'intérieur des terres. Le trafic de drogue et d'êtres humains est aussi une forme de criminalité maritime, tout comme la pêche illégale, non déclarée et non régulée. Ces fléaux rongent les sociétés à travers le continent, favorisent la corruption et compromettent les moyens de subsistance des populations côtières.

  • Accroître la sécurité maritime contribue aussi à un environnement sûr et durable.

  • Chaque année, la pêche illégale, non déclarée et non régulée se traduit par une perte de 10 à 23 milliards de dollars. Il s'agit d'un problème mondial, qui menace les écosystèmes marins et l'industrie de la pêche durable. Pour 200 millions d'Africains, la pêche représente la principale source de revenus et d'alimentation ; il est donc vital de lutter contre ces problèmes.

  • Ces quelques exemples montrent les implications de la sécurité maritime et sa complexité. Il nous faut mettre sur pied une approche globale combinant différents domaines d'action, niveaux, forums et acteurs afin de s'attaquer à la racine des problèmes.

Action et coopération en matière de sécurité maritime en Afrique

  • La lutte contre la criminalité et le renforcement de la sécurité maritime passent par la coopération. C'est l'esprit de la Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l'horizon 2050 (Stratégie AIM 2050), qui prône une meilleure coopération entre États membres, afin qu'ils soient en mesure – ensemble – de garantir la sécurité maritime. Un message clair. Aucun pays n'est capable d'éradiquer seul la criminalité maritime. De par sa nature même, la sécurité maritime est une question qui dépasse les frontières. Aux problèmes transnationaux, il faut apporter des réponses transnationales.

  • Il est crucial que les pays africains s'attellent eux-mêmes à la résolution de ces problèmes. Car la responsabilité repose en premier lieu sur les pays et les communautés côtières où sévit cette forme de criminalité. Il est encourageant de constater que de nombreux pays ont pris cette mission à cœur.

  • Au cours des années passées, ils ont accru leur coopération et engagé des actions concrètes. Nombreuses sont les initiatives qui se sont révélées efficaces.

  • Je pense notamment à l'adoption en 2012 par l'Union africaine de la stratégie maritime évoquée plus haut – le résultat d'efforts soutenus. L'Union a présenté une politique ambitieuse aux objectifs clairs : valoriser au mieux l'énorme potentiel offert par les mers, de manière à favoriser le développement de l'Afrique et ses opportunités économiques.

  • Le sommet de l'Union africaine sur la sécurité maritime et le développement de l'Afrique, qui aura lieu l’année prochaine, devrait s'appuyer sur cette base et poursuivre les avancées déjà réalisées au niveau régional. Nous sommes sur la bonne voie, mais il nous faut encore trouver les moyens concrets d'étendre notre collaboration. À mes yeux, ce sommet devrait viser deux objectifs majeurs.

  • Les États membres de l'Union africaine pourraient manifester leur engagement en signant le Code de conduite de Yaoundé relatif à la prévention et à la répression des actes de piraterie, des vols à main armée à l'encontre des navires et des activités maritimes illicites en Afrique de l’Ouest et du Centre. De nombreux chefs d'État d'Afrique de l’Ouest et centrale l'ont déjà signé.

  • Ce texte pourrait servir de base à un code de conduite pour l'ensemble du continent. Les conclusions du sommet devraient reprendre des éléments cruciaux du Code de Yaoundé, notamment des accords plus contraignants concernant le partage des informations, les poursuites judiciaires et les dispositifs qui garantissent le bien-être des marins.

  • Le Code de Yaoundé est déjà mis en œuvre dans la pratique, comme en témoigne la création du Centre interrégional de coordination. Si nous n'avons pas encore atteint l'objectif final, les progrès sont prometteurs. Nous ne devons pas relâcher nos efforts.

  • Le sommet de l'UA africaine sur la sécurité maritime et le développement offre aussi une opportunité unique de se retrouver et de confirmer à nouveau l'engagement en faveur de la Stratégie AIM, ainsi que de formuler des accords clairs et contraignants sur la mise en œuvre des politiques.

  • Le plus important, toutefois, est que cet engagement se traduise par des actions concrètes : la mise en œuvre des politiques et la coopération régionale sont essentielles. La communauté internationale, y compris les Pays-Bas, devrait être prête à soutenir ces efforts si besoin.

Stratégie de sûreté maritime de l'UE et coopération européenne pour le secteur maritime en Afrique

  • En mars 2014, l'UE a adopté sa Stratégie relative au golfe de Guinée, en vue d'identifier les menaces et de souligner l'importance de l'action régionale et internationale. Elle a depuis été traduite en un plan d'actions de l'UE visant à aider les gouvernements de la région à relever le défi de la lutte contre la criminalité maritime sous différentes facettes.

  • L'UE prend activement part à la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes. L'opération Atalante a largement contribué à réduire les actes de piraterie dans ces eaux. Mais pour mettre définitivement fin à ce fléau, beaucoup reste à faire. À cet égard, le travail de la mission EUCAP Nestor pour le renforcement des capacités maritimes est exemplaire.  

  • Les Pays-Bas sont prêts à soutenir les actions concrètes et les approches innovantes pour améliorer la sécurité maritime.

  • En tant que partenaire international pour la paix, la justice et le développement, nous prenons part à l'agenda commun de différentes manières.

  • Nous soutenons résolument la Stratégie de l'UE relative au golfe de Guinée, ainsi que le plan d’actions.

  • Nous participons au financement du Centre d'échange d'informations sur le commerce maritime, situé au Ghana.

  • Nos forces armées organisent régulièrement des sessions d'entraînement naval ou participent à de tels exercices, comme Obangame Express et African Winds. Nous y prendrons part à nouveau en 2016.

  • Avec sept autres pays, les Pays-Bas participent au Centre opérationnel d'analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants, qui établit des programmes de lutte contre le trafic de drogues.

  • Au large des côtes de Somalie, nous contribuons aux efforts de l'anti-piraterie, par l'intermédiaire d'EUNAVFOR Atalante, ainsi qu'au renforcement des capacités maritimes, par le biais de la mission EUCAP Nestor.

  • Tous nos efforts visent à intensifier la coopération et à consolider les capacités régionales.

Conclusion

  • À travers toutes ces initiatives, les Pays-Bas veulent être un partenaire pour l'Afrique. Cet esprit de partenariat est aussi au cœur de notre campagne pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU pour la période 2017-2018. Car seuls des partenariats basés sur l'égalité et le respect nous permettront de renforcer la sécurité maritime. Des partenariats bilatéraux. Des partenariats africains. Et des partenariats multilatéraux, ici, aux Nations unies.

Merci de votre attention.